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Que lire dans l'univers légendes ?

Dans l'univers Star Wars Légendes, tous les romans ne sont pas de la même qualité, du même intérêt.  Je conseillerais donc de lire : le ...

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jeudi 15 janvier 2026

Dark Plagueis contre la Force

Qu’ils l’admettent ou non, les Jedi détiennent et exercent le pouvoir. Ils ont l’oreille des différents Chanceliers et c’est vers eux qu’on se tourne pour résoudre les crises. Mieux, ils offrent aux différentes populations un réconfort moral. Mais, les Jedi font preuve d’hypocrisie en refusant d’assumer ouvertement leur position. C’est une différence majeure avec les Sith qui, eux, expriment leur but sans aucune gêne. 

Quand il parle au jeune Palpatine, pas encore formé aux arts Sith, il s’interroge : « qui façonne le plus l’histoire de la galaxie : les bons qui adhèrent à ce qui a été testé et approuvé ou ceux qui cherchent à sortir les êtres de leur stupeur et à les mener vers la gloire ? » La quête du pouvoir, de la récompense pour les plus forts semble un aspect important de la philosophie Sith.


Choisir l’obscurité n’est pas la facilité. C’est oser prendre son destin en main, c’est oser ne pas se tourner vers les Jedi qui forment le groupe dominant de la Force à cette époque. Surtout, le côté obscur vous pousse à changer. Il est le début d’une nouvelle voie comme le dit Plagueis quand il finit par convaincre Palpatine de devenir son apprenti (« vous pensez : je vais mourir. Le Côté Obscur va me tuer. C’est vrai : vous mourrez. Mais seulement pour renaître »). En quelque sorte, se tourner vers l’obscurité ou les Sith est un acte de rébellion contre le bon ordre des choses. Plagueis résume la chose en affirmant que « les actions d’un Sith naissent de son moi intérieur et déferlent vers l’extérieur. Nous traquons la Force comme des chasseurs, nous ne soumettons pas comme des proies à ses caprices énigmatiques ». On note aussi qu’il y a un aspect de domination. Plagueis ne veut pas se laisser imposer des choses, que ce soit par la Force ou les Jedi ; il est là pour écrire le destin, l’histoire.


Plus loin, Plagueis confirme son hypothèse de se dresser face à la Force. Il faut se détacher d’un embrigadement idéologique, d’un lavage de cerveau. Les Sith doivent surtout se libérer de la « théorie du Potentium » qui dit que « le Côté Lumineux et le Côté Obscur dépendent de l’intention de l’utilisateur ». Pour Plagueis, elle ne peut être que fausse, elle est un moyen de garder les aspirants à l’obscurité sous le contrôle (« c’est une perversion de la vérité, causée par ceux qui voudraient nous maintenir enchainés à la Force »). Autrement dit, la pensée dominante a créé une théorie pour piéger les Sith.


Plagueis ne veut donc pas être mené par la Force ou, pire, pris par la main par les Jedi. Il a conscience d’être un être exceptionnel, au-delà de la norme et il a envie d’être un leader, d’être celui qui guide. Ses motivations sont franchement expliquées quand il professe que « la plupart des vies sont sans conséquences. Les Jedi ne l’ont pas compris. Ils sont tellement occupés à sauver des vies et à préserver l’équilibre des pouvoirs au sein de la Force qu’ils ont perdu de vue le fait que la vie intelligente doit évoluer ». La dernière partie de l’affirmation est intéressante : elle montre un aspect important de Plagueis : la recherche et la science, le progrès.


Plagueis a un objectif clair : défier la mort. Il veut vivre éternellement, régner sur la galaxie pour toujours. Il repousse les limites de l’étude des corps. D’une certaine façon, sa passion est venue ou a été revigorée quand il a assisté à la mort de son maître, Dark Tenebrous. Depuis, il n’a cessé de mener des expérimentations qui l’ont conforté dans sa quête : « grâce à la manipulation des midi-chloriens (…) l’écart entre la vie biologique et la Force pouvait être comblé et que la mort pouvait être effacée du continuum ».

Plagueis n’est pas naïf. Il sait qu’il n’atteindra pas facilement son objectif. Il sait aussi que la Force a sa volonté propre et qu’elle entravera ses efforts (« quand nous essayons d’arracher les pouvoirs de la vie et de la mort à la Force, quand nous essayons de faire pencher la balance, la Force résiste à nos efforts »).

Il pense qu’il faut tromper la Force. Il faut la cajoler, dissiper ses craintes. Ses propos ne laissent pas de place au doute puisqu’il dit à Sidious que « la Force doit être conquise, surtout pour un travail qui implique le Côté Obscur. Elle doit être rassurée, elle veut savoir qu’un Sith est capable d’accepter l’autorité ». L’idée de dissimuler les intentions est donc présente.


Et Plagueis parvient à ses fins. Il vainc la mort : « le même jour, ils avaient laissé Venamis mourir (…) Plagueis l’avait ressuscité ». Cette prouesse ravit Plagueis et choque ses collègues : « l’énormité de cet événement avait plongé Sidious dans un silence hébété et avait fait surchauffer les processeurs de 1-1-4D ».

Plagueis ne se contente pas de ça, il désire créer la vie à partir de rien (« le pouvoir de dominer la mort était un pas dans la bonne direction mais ce n’était pas la création pure »). Toutefois, la Force ne se laisse pas faire et lui envoie un avertissement (« la Force se tut, comme si elle le fuyait, et bon nombre des animaux de son laboratoire succombèrent à d’atroces maladies »). Orgueilleux et ambitieux, Plagueis n’écoute pas les avertissements. Il est persuadé d’être sur le bon chemin, de détenir la vérité. Il est tellement obnubilé qu’il ne comprend pas ce qui se passe quand la Force lui montre sa future mort (« tandis que la vie quittait le corps de Veruna, le chemin que Plagueis et lui suivaient s’enfonça plus profondément dans l’obscurité et le vide. Puis Plagueis s’arrêté, soudain gagné par l’impression d’avoir déjà vu et emprunté ce passage »). Plagueis ne voit pas là sa future agonie : ses défenses seront embrumées par l’alcool et les bonnes paroles de Dark Sidious qui en profitera pour le terrasser.


Mais, la plus grande réponse de la Force est de l’avoir empêché de rencontrer le jeune Anakin Skywalker. Quand il apprend qu’Anakin est né sans père, qu’il a un fort niveau de midi-chloriens, Plagueis est tout retourné. Il veut à tout prix rencontrer le jeune garçon, il échoue à chaque fois. Pour la première fois, on perçoit de la peur. Plagueis est sous le choc. Ses questions laissent peu de place au doute : « sommes nous vaincus ? se demanda-t-il. Nous avez-vous vaincus » Plagueis est gagné par le doute.

vendredi 10 mai 2024

Le roman La Voie de la Vengeance

La Haute République met en avant le long et lent déclin des Jedi qui culminera avec la purge impulsée par Dark Sidious. 

Mais, bien avant, lors de la première phase de la Haute République, on avait déjà vu un affaiblissement notable des Jedi : ils n’ont pas réussi à cerner et battre les Nihil, ils ont été incapables de protéger la République des émergences ou de la destruction du Flambeau Stellaire. La perte d’influence des Jedi a commencé presque cent cinquante ans plus tôt. Les Jedi sont chassés, leur influence est remise en cause. L’idée qu’ils soient les seuls détenteurs de la vérité sur la Force est fortement combattue. On en a un exemple sur Jedha où « ils s’étaient retirés quand le mécontentement avait commencé à croitre parmi les autres cultes de la Force présents sur la lune des Pèlerins, et qui prétendaient que l’Ordre allait trop loin en se présentant comme la seule foi véritable ».  Ainsi, les Jedi ne semblent plus les bienvenus sur Jedha et toute leur symbolique ou leur puissance est réduite à néant. Ils ne bénéficient plus de respect (« il n’y avait pas de temple Jedi sur cette Lune, même si la présence d’une imposante statue de Chevalier dans le désert causait toujours la consternation (…) Le problème avait été réglé par les manifestants qui l’avaient abattue »).

Cependant, il faut préciser que Jedha a l’air d’un endroit particulièrement violent : « le sang des croyants les plus crédules arrosait les rues pavées de Jedha depuis des générations et cette source ne semblait pas près de se tarir ».

De plus, on retrouve encore les membres de la Voie de la main ouverte. Les membres, et en particulier leur leader appelé la mère, leur reprochaient de souiller la Force en l’utilisant. La mère résume ce qu’elle pense en disant que « plus les Jedi et leurs semblables usent de la Force, plus ils la dépouillent de son pouvoir et plus la dévastation s’étend ».


La Mère (Elecia Zeveron) est au centre du roman. On apprend ce qui la motive, on comprend sa radicalité. La Mère est prête à tout pour atteindre ses objectifs, même à sacrifier ceux qui l’ont aidé. Le Héraut en fait l’amère expérience : la Voie de la Main ouverte est pointée du doigt sur Jedha et la Mère décide de lui faire porter la responsabilité alors que ce n’est pas le cas. Pire, elle le pointe du doigt de façon publique, sur des canaux de communication ouverts : « Tu récoltes ce que tu as semé et toi seul devras répondre de tes crimes. Montre aux fidèles de Jedha… montre à la galaxie… qu’au fond de ton coeur, tu es toujours un homme bon, un bon père… »

Sur Jedha, au plus fort du chaos, la Mère est gravement blessée : sa carapace s’effrite. Ses proches commencent à comprendre qu’il y a quelque chose de bien secret en elle, peut-être quelque chose de honteux. On peut lire que « Yana fut frappée par l’apparence d’Elecia. Elle semblait avoir vieilli de vingt ans ». Consciente que son autorité s’effrite, la Mère utilise des artifices pour le conserver (« cette dernière était assise sur ce qui ressemblait de manière inquiétante à un trône »).


La Mère n’a pas façonné la Voie de la Main ouverte sans raison. Elle l’a fait pour se venger des Jedi. En effet, grâce à une Jedi appelée Oliviah, on suppose que la Mère peut avoir un lien avec un Jedi, qu’elle en a peut-être déjà croisé (« j’ai vu son visage à elle, même quand tout a basculé, et j’ai raison »). C’est Marda qui nous apprend la réalité : « ils ont emmené sa soeur et l’ont laissée sur place… parce qu’elle n’était pas assez douée ». Autrement dit, tout laisse croire que la Mère a fait tout ça parce qu’elle était aigrie, jalouse. D’ailleurs, on sent toute cette haine quand elle crache que « je n’aimais pas ma soeur. Elle ne représentait rien pour moi. Ils se sont trompés. Ils auraient dû m’emmener, moi ». La Mère ne souhaitait pas rendre à la Force une sorte de pureté, ses objectifs n’étaient pas désintéressés. Elle souhaitait mettre à bas les Jedi. 


La question amoureuse est également bien présente dans ce roman. C’est intéressant car elle est abordée du point de vue de groupes qui mettent en avant des interdit : les Jedi ont de gros problèmes avec l’attachement et les membres de la Main ouverte ne peuvent avoir de relation avec les Jedi. Marda Ro n’a pas oublié Kevmo Zink ; la Padawan a eu son lot d’aventures (« elle avait elle-même fricoté au fil des ans, parfois même sans se faire attraper »).

Le roman aborde aussi la question des amours morts, disparus : Marda a perdu Ro et sa cousine Yana a perdu Kor. Aucune des deux n’a réussi à tourner la page. Yana pense même que Kor lui parle, Yana Ro est bien souvent accompagnée par le souvenir de sa petite amie. Toutefois, Yana a conscience que ‘la chose qui hantait toutes ses heures de veille n’était pas Kor » et que « c’était le fruit de son imagination, la partie d’elle-même qui ne voulait pas la laisser partir ».


A la fin de la Voie de la duperie, les Jedi connaissaient la peur, en étant réduit à de la poussière par un égaliseur. Le Jedi Rell, choqué, précise que « on aurait … des enveloppes vides… la peau ressemblait à de la pierre ». S’ils sont capables de cette prouesse, cela est sans doute dû à leur origine, la planète d’où ils viennent (« la planète se répare toute seule (…) c’est la Force. Elle est si puissante ici. Si vivante »). 


En réalité, la Voie de la vengeance est la consécration de Marda Ro, sa prise de pouvoir. Elle redéfinit ce qui doit motiver la Voie, et opte pour un changement de méthodes. Dans un moment assez intense, très marquant, elle clame que « les Jedi sont venus chercher la Voie de la main ouverte, mais ils arrivent trop tard. Ce rêve est brisé. Ce rêve a échoué. Nous avons échoué. Cependant, ce temps est révolu (…) Ils n’ont pas écouté notre avertissement et ils vont à présent en payer le prix, un prix qui ne sera plus une mais ouverte mais un poing fermé ».

Marda est tellement prête à atteindre son but qu’elle fait du mal à sa soeur (« Yana sentit d’abord la douleur, avant même de voir l’éclat du sabre laser. Elle recula en titubant, incapable d’intégrer ce qui venait de se passer, les doigts serrés sur le moignon calciné qui avait été son poignet droit »). Mais, il est fort probable que Marda ait été influencée à ce moment par une suggestion d’Art de la Mère.

Finalement, quand Marda dit que « l’équilibre doit être rétabli. La Force doit être libre », on retrouve une certaine idée d’anarchie, de liberté totale prônée par les Nihil.


samedi 11 novembre 2023

Une autre conception de la Force

Le roman La voie de la duperie remet en cause les Jedi et la façon dont ils utilisent la Force. On a une nouvelle démonstration que les Jedi n’ont pas et ne peuvent pas avoir le monopole de la Force et que leur approche n’est pas nécessairement la seule valable. Le nouveau groupe abordé, la Voie de la Main ouverte, considère que la Force doit être libre et que rien ni personne ne doit chercher à la manipuler. Même si ça n’empêche pas certains de ses membres de voler des artefacts liés à la Force, sous le prétexte de les mettre à l’abri…


Une Twi’lek expose parfaitement la situation. Elle met en avant que la Main ouverte a subi des transformations récentes avec l’arrivée d’une personne qui a redéfini et précisé leur foi. Elle dit que « la Mère est une prophète. Elle sait que la Force doit rester libre, et non être maniée comme une arme ». La Mère a donc su s’adapter aux croyances déjà existantes du groupe.

Marda Ro croise des Jedi, notamment le Padawan Kevmo. Elle est choquée de le voir si désinvolte quant à son utilisation de la Force. Elle le sermonne presque : « la Force n’est pas un outil. Elle n’est qu’elle-même. La vie. La lumière. Ce qui nous relie. Pas un outil. »

Elle précise sa pensée : selon elle, aucune action n’est neutre et tout a un effet, un impact. Même si les intentions peuvent être bonnes au départ, rien ne peut garantir qu’il n’y aura pas d’effet néfaste à un moment ou à un autre (« comment peux-tu être certain que tu oeuvres pour le bien de la galaxie, alors que tu ne peux pas prévoir les effets d’une interaction avec la Force ? »).

Elle pointe du doigt l’inconscience de Kevmo qui utilise la Force comme si elle était un jouet inoffensif. Il est presque irresponsable : son attitude pourrait causer des dégâts ailleurs et à ses yeux il s’en fiche. Elle dit que « cette perturbation altère la Force. Elle la change par ondulation (…) l’oriente et ces modifications bouleversent d’autres choses, ailleurs dans la galaxie. Qui peut affirmer que tes petits tous n’ont pas provoquer des vagues qui aboutissent à quelque chose de plus grave, loin d’ici ? »


Marda explique cela aux plus jeunes membres de la Voie ouverte. Dans son discours, on sent une réelle rancoeur contre les Jedi. Elle les trouve suffisants dans leur façon d’être, elle met en avant le fait qu’ils n’apportent rien à la Force. Ses propos sont clairs : « c’est pour cela que le Jedi n’aurait pas dû manipuler les fleurs (…) Il a pris la Force. L’a volée. En a abusé ». Les termes utilisés sont à la fois clairs et durs. Ce qu’a fait Kevmo est une agression. Pour ne rien arranger, dans un premier temps, Marda ne sait pas trop se situer face aux tentatives maladroites de drague de Kevmo. Le padawan est clairement intéressé par elle et il fait voler une petite fleur pour elle. Pour Marda, ce n’est pas qu’un honte, c’est un sacrilège. Elle le dit à sa cousine Yana Ro : « je déteste le fait qu’il ait utilisé la Force si prosaïquement pour… il flirtait avec moi. Quel prétexte fallacieux pour abuser de la Force, pour la priver de sa liberté ».


Mais, malgré tout, Marda et Kevmo tissent un lien. Quand elle l’interroge sur sa formation de Jedi, elle est plus qu’étonnée des règles qu’il s’inflige. Elle ne comprend pas pourquoi les Jedi se privent de tant de choses, se ferment à tout attachement. C’est quelque chose qu’elle ne comprend pas et qui la dépasse.  Elle lui affirme que « c’est si triste » et que « la Force est la vie, et la vie est faite de relations, de création. Tu n’as pas de famille ? Pas de foyer ? »


Ceci dit, il ne faut pas limiter le groupe de la Main ouverte à une entité pacifiste. Ils volent et ils font preuve de violence. D’ailleurs Kevmo en fait les frais. Il est pétrifié par une créature relâchée par la leader, la Mère. Celle-ci justifie ses actes en disant qu’il a mérité ce qui lui arrive. La Mère est claire : « ils abusaient de la Force et l’Egaliseur a rétabli l’équilibre. C’est un pur agent de la Force ». Marda, elle, n’est pas horrifiée ou désolée. Si Kevmo a été tué, c’est à cause des Jedi et de leur conception de la Force. Ce sont les Jedi qui ont tué Kevmo et pas une créature de la Voie de la Main ouverte. On comprend alors qu’elle légitime la haine des Jedi (« il avait été si mal éduqué. Il était mort à cause des Jedi et de leurs pratiques. On ne pouvait pas les laisser propager leurs mensonges. Corrompre la galaxie avec leur utilisation faussement vertueuse de la Force. Transformer des garçons brillants comme Kevmo en craie et en cendres »). 


On ne sait pas, à ce stade des histoires de la Haute République en France, si Marda Ro est de la famille de Marchion Ro, mais on peut fortement le supposer et on sent là un point commun entre les deux : la volonté de punir les Jedi.


La Force ?

La postlogie ne raconte pas uniquement l’ascension de Rey et sa lutte pour se forger une identité et tenter d’enrayer un peu le mal dans la galaxie. Elle développe également un bon nombre de réflexions et d’idées, dont certaine sur la Force. La Force est un concept intégré dès le film IV et qui déborde par ses implications. Elle est ce qui permet à Kenobi d’accomplir un immense acte de foi en laissant Vador le tuer et elle est ce qui permet à Luke Skywalker de détruire la première Etoile de la Mort.

La question qui se pose alors est de savoir ce qu’est la Force. Quand elle rencontre Luke, Rey offre sa version, assez naïve, de la chose. La jeune femme a grandi sur une planète désertique et ne sait pas grand-chose,  à part les rumeurs amplifiées et déformées qui parviennent à ses oreilles. Rey limite la Force à un groupe de gens : « c’est un pouvoir qu’ont les Jedi qui leur permet de manipuler autrui et… de faire flotte les objets ». C’est bien entendu une vision très réductrice. D’ailleurs, elle s’attire immédiatement les moqueries de Luke. Il ne se moque pas d’elle gratuitement mais il veut juste lui montrer que la Force n’est pas quelque chose qui se limite, n’est pas quelque chose qu’on peut commander. Il tente ainsi de la mettre en garde : en voulant utiliser la Force pour atteindre ses propres buts, on peut tomber vers de mauvais penchants. Il lui dit que « cette Force n’est pas l’apanage des Jedi. Dire que la lumière s’éteindrait avec les Jedi est du pur orgueil ».


Maz Kanata propose sa définition de la Force : « elle baigne toutes les créatures vivantes et se diffusent à travers ». Autrement dit, la Force est l’énergie de la vie. Leia Organa rejoint ce point de vue et y ajoute une précision : « la Force était une source de vie et les Jedi étaient de simples vaisseaux temporaires qui accomplissaient sa volonté ». Les Jedi, comme toutes les créatures vivants, vivent et meurent alors que la Force dépasse le temps. En réalité, si Leia pense comme cela, c’est forcément grâce à Luke qui l’a initié à la compréhension de la Force. Dans les Derniers Jedi, la conception de la Force de Luke est très claire : « son énergie était alimentée par les oiseaux et les insectes dans l’air, les poissons et les créatures grouillant sous les vagues, l’herbe et la mousse qui s’agrippait au sol. Tous ces éléments généraient la Force, mais aucun ne la contenait. L’énergie échappait aux limites fragiles et temporaires de leurs corps et s’étendait pour encercler le tout et tout imprégner ». On comprend alors que la Force dépasse tout et que tout fait partie de la Force.


La Force n’est donc pas un simple outil même si elle peut permettre à ses utilisateurs de trouver des solutions. C’est le cas de Leia qui s’est servi de sa sensibilité à la Force dans le jeu politique. Elle admet que la « Force l’avait aidée à comprendre ce qui se tramait dans les assemblées et à sentir vers où soufflaient les vents politiques ».

D’autres noient leur connexion à la Force. Ils utilisent d’autres artifices. Certains ne réalisent jamais que la Force existe alors que d’autres ont l’illumination. C’est le cas de Rey qui aurait pu passer sa vie sans la connaître (« La générale lui avait fait remarquer que les années passées sur Jakku l’avaient amenée à chercher des solutions tangibles à des problèmes impossibles. Cela expliquait peut-être la raison pour laquelle la Force avait mis autant de temps à se réveiller en elle »).

D’autres sont clairement plus sceptiques. Hux offre un bon exemple : le gradé du Nouvel Ordre ne peut pas remettre en cause le concept de Force alors qu’il fréquente Snoke et Kylo Ren, deux utilisateurs particulièrement puissants dans la Force. Mais, il a décidé de croire en autre chose : « Hux savait que la Force existait (…) Mais cette sorcellerie était un écho moribond d’une histoire ancienne, peu fiable et imprévisible, alors que les prouesses technologiques apportaient la certitude ». On retrouve d’ailleurs cette attitude dans l’Empire de Palpatine : certains du haut commandement doutaient de la Force alors que les deux leaders de l’Empire maîtrisaient parfaitement la Force, à la manière des Sith. 


Rey finit par faire évoluer sa vision de la Force. Elle comprend que la « Force n’était pas son instrument… en réalité, c’était exactement l’inverse ».

mardi 27 avril 2021

Les derniers Jedi : La Force, les Jedi


Dans le film Les derniers Jedi, des questions liées à la Force et à l’héritage des Jedi sont abordées. Ce qui est intéressant est qu’elles le sont à travers des personnages variés, qui ont différentes expériences : un Jedi, la fille d’un puissant Sith, un militaire, une jeune femme éloignée de tout… 
 
Il faut déjà se demander ce qu’est la Force. Alors qu’il tente d’enseigner à Rey quelques sujets, Luke Skywalker lui donne une définition claire : « la Force (…), c’est l’énergie qui relie toutes les choses entre elles. Une tension… qui maintient l’équilibre au sein de l’univers. » On apprend que Luke s’est coupé de tout ça, qu’il a cessé de faire partie d’un monde bien plus grand et que c’est pour ça qu’il s’est exilé. Il finit par se rouvrir et cela nous donne l’opportunité d’avoir une approche plus fine. Il y aurait une différence entre la Force vivante (« il eut à nouveau l’impression de faire partie d’un réseau infini de connexions maintenant tout en place, lui compris ») et la Force cosmique (« elle avait une conscience, un but et une volonté »).

La Force englobe tout, elle est tout. Leia Organa l’a compris il y a des années. Elle a eu quelques enseignements avec Luke et son frère « lui avait appris à s’ouvrir à la Force (…) il lui avait expliqué qu’elle avait inconsciemment fait appel à la Force toute sa vie. »
La Force existe, tout le monde n’y croit pas. C’est un peu la même chose des Jedi, ces gardiens de la paix qui ont été purgés sous le règne de l’Empereur Palpatine. Hux illustre bien ce doute. Comme tant de gradés militaires issus, il méprise la Force et la sous-estime. Il la considère comme « une sorcellerie », qui « était un écho moribond d’une histoire ancienne, peu fiable et imprévisible, alors que les prouesses technologiques apportaient la certitude. » Les Jedi disparus, beaucoup de rumeurs ont circulé à leur propos, des rumeurs négatives entretenus au fin des décennies et des années. Hux nous apprend que « son père, Brendol, lui avait raconté que les Jedi avaient maintenu le pouvoir en s’emparant des bébés sensibles à la Force et en les formant pour en faire des guerriers ». Cette affirmation peut presque être vraie, tout étant question de point de vue. Après tout, les Jedi ne prennent que des enfants très jeunes…
 
Luke est reclus. Il est meurtri et il a subi l’échec. Sa nouvelle académie a été détruire, Ben Solo s’est tourné vers l’obscurité. Surtout il remet en question ce que les Jedi du passé croyaient, eux qui se positionnaient en tant que gardien de la paix, du bien. Les Jedi se sont considérés trop important (« dire que la lumière s’éteindrait avec les Jedi est du pur orgueil »). Il dresse alors à Rey un sombre bilan des Jedi : « l’héritage des Jedi est un échec. Hypocrisie. Orgueil (…) Au sommet de leur puissance, ils ont laissé le champ libre à Dark Sidious, le créateur de l’Empire, qui les a balayés. C’est à un maître Jedi qu’incombe la responsabilité d’avoir créé et formé dark Vador. » Luke n’est pas tendre avec son ancien ami et maître, Obi-Wan Kenobi. Il arrive à garder un esprit lucide malgré des liens affectifs. Il sait que les Jedi ont pêché, à un point qu’ils ne furent plus qu’une poignée quand il y en avait des milliers quelques mois auparavant.

Snoke semble partager la décision de Luke. On peut lire que « Skywalker avait été assez malin pour ne pas reconstruire l’Ordre Jedi, n’y voyant que le club de débat sclérosé qu’il était devenu au moment de son agonie ».

Snoke semble également au fait de l’histoire récente des Jedi. Il veut éliminer Luke car c’est un adversaire redoutable (« comme son père, Skywalker, avait été un instrument de prédilection au service de la Force cosmique. C’est pourquoi il était essentiel de le surveiller »).

Dans cette logique, il est intéressant de noter la réapparition de Yoda et l’enseignement final qu’il donne à Luke. Dans la trilogie originale, Kenobi et Yoda insistaient plus ou moins sur la nécessité de Luke d’affronter et de mettre à bas Sidious et Vador. Certes, il y avait Leia mais ça ne réconfortait pas Luke, il ne voulait en aucun cas sacrifier sa sœur. Yoda insiste à nouveau, Luke n’est pas le dernier Jedi. Il a beau avoir rejeté l’Ordre, il faut qu’il dise à d’autres tout ce qu’il a appris ou vécu (« transmets ce que tu as appris. La sagesse, oui, mais aussi les folies. La puissance, la maîtrise, mhm. Mais la faiblesse et les échecs aussi. Oui. L’échec surtout. Le meilleur des maîtres, c’est l’échec »).